Table ronde Bleckwen : regards croisés autour de la lutte contre la fraude.

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24/11/23
François Saulnier, Clarisse Do Cao

Introduction

Dans la continuité de ce que nous proposons aux institutions financières, nous avons voulu cette année créer un temps de rencontres et de partages. C’est ainsi, que les premières rencontres Bleckwen ont eu lieu. C’était l’occasion de rencontrer les institutions financières concernées par la fraude au crédit et de donner la parole à des experts chevronnés de la lutte contre la fraude.

Nous avons eu la chance de recevoir trois acteurs venus d’horizons différents leur permettant d’apporter un regard croisé sur la lutte contre la fraude :

  • Laurent Bernois, directeur des risques chez Oney, ayant vécu les défis de la fraude au faux courtier.
  • Pascal Lembas, enquêteur chevronné dans le monde criminel pendant plus de 20 ans, et désormais Senior Manager, Business Risk Services chez Grant Thornton France.
  • Fily Kante, accompagne les victimes d’usurpation d’identité et fondateur de ID Protect.

Les dispositifs de lutte contre la fraude sont des systèmes de défense en profondeur. Ils sont complexes et lient des humains, des organisations, des processus et des outils pour bâtir un socle solide capable de résister aux assauts des attaquants de plus en plus nombreux.Pour bâtir ces systèmes de défenses, il convient entre autres de s’intéresser à :• Ce que l’on cherche à protéger : la société, l’entreprise, les clients.• Le contexte dans lequel on évolue : géopolitique, économique, sociétal.• Le niveau d’éducation général au sujet.

La première question, adressée à Laurent, a souligné les difficultés rencontrées dans la lutte contre la fraude au faux courtier. Des éléments tels que le manque d'attention des clients, l'effet d'aubaine, l'ampleur et la vélocité du phénomène, ainsi que la recherche des bons interlocuteurs ont été identifiés comme des obstacles majeurs.

1. La sensibilisation : quels enjeux et impacts ?

La fraude gagne d’année en année, de plus en plus de terrain. Bien connue des banques et institutions financières, elle est devenue ces dernières années le cauchemar de tout citoyens qui en est victime. C’est parce qu’elle est devenue un fait de société que la sensibilisation à la fraude est incontournable. Mais sommes-nous assez sensibilisés et éduqués aux problématiques relatives à la fraude ?

La sensibilisation se joue à plusieurs niveaux, car la sécurité : c’est l’affaire de tous !

Par leurs témoignages et expériences d’escroquerie, les citoyens se sensibilisent entre eux. Cette sensibilisation et principalement diffusée par du bouche-à-oreilles, par les réseaux sociaux ou encore et de façon assez exceptionnelle, par les médias. Mais pour limiter les fraudes, nous ne pouvons pas seulement compter sur ce niveau superficiel de sensibilisation.

Depuis plusieurs années les banques et l’état mènent de nombreuses campagnes afin de sensibiliser les consommateurs à la fraude. L’objectif est d’accompagner le consommateur dans sa prise de conscience. Ces campagnes de sensibilisation permettent de réduire la fraude mais cela n’est pas suffisant.

La créativité et les techniques des fraudeurs sont de plus en plus pernicieuses. Les consommateurs sont trompés par des fraudeurs sans aucune morale et avec souvent une manipulation psychologique forte. Voici un témoignage d’une victime pour qui le fraudeur a réussi à se faire passer pour son conseiller bancaire. https://youtu.be/THqvUURCZe0?si=dBZDGl9kFQPCLTjK

La fraude évolue très vite et la sensibilisation n’est pas une arme suffisante pour limiter la casse chez les victimes.

2. Si la sensibilisation n’est pas suffisante, notre société est-elle alors exposée au risque de la dérive ?

Comment la fraude a pris cette place grandissante dans notre société ? Et si cela venait tout simplement du divertissement…

Dans notre culture nous avons créé un référentiel qui vise à glorifier le bandit, tout en lui donnant une certaine humanité (que ce soit dans des films anciens comme le parrain ou plus récemment dans les rois de l’arnaque, le bandit est bandit romantique et humaniste voir social). L’escroc, le bad boy et les pirates ont redorés leurs images avec l’industrie du divertissement et ont ainsi, nourri l’imaginaire de nombreux enfants, adolescent et adultes dont les repères sont parfois fragiles et bousculés.

Plus récemment nous avons aussi vu des mélanges détonants de Youtubeurs et influenceurs allant jusqu’à promouvoir l’escroquerie. Les réseaux sociaux et historiquement le dark web, sont des places tournantes du marché de la fraude, bien entendu, en pleine croissance.

Il y a donc matière à réfléchir : à qui sont les modèles des escrocs d’aujourd’hui ? Et quels seront leurs modèles de demain ?

Le débat sur la société à la dérive nous a permis d’ouvrir la réflexion sur ce que sont les réseaux de fraudeurs aujourd’hui. On dit souvent que les fraudeurs agissent en bande organisée, ce qui veut précisément dire qu’ils sont ordonnés, structurés voire hiérarchisés ? Sont-ils des professionnels au même titre que des responsable fraude, manager, commerciaux …?

Enfin, nous avons évoqué la part des fraudeurs qui sont des fraudeurs occasionnels et non prémédités. On les appelle les faussaires. Quelle part représentent-ils sur les chiffres de fraude ? Sont-ils aussi considérés comme fraudeurs ?

3. Une société à la dérive, est-elle un terreaux fertile à la croissance de la fraude ?

Les crises financières, politiques, sociales et éducatives sont autant d’occasions qui font entrer des failles et fragilisent notre société.

Nos trois intervenants ont tous été catégoriques et alignés sur ce point. Ils ont examiné l'évolution de la fraude, soulignant l'augmentation constante des tentatives de fraude, en particulier dans le contexte économique actuel que nous vivons, avec la crise du cout de la vie.

Depuis la dématérialisation des parcours clients, les banques découvrent chaque jour de nouvelles failles et se protègent progressivement des tentatives de fraudes. Mais encore une fois, la créativité et les moyens financier, techniques et communautaires des fraudeurs creusent une distance considérable avec les banques.Enfin, la démocratisation d’outils tels que l’intelligence artificielle, participe largement à l’augmentation des tentatives de fraudes.

A l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP), on relevait il y a 10 ans déjà une augmentation significative des infractions économiques et financières, ainsi que des escroqueries.

En plus de cela, voici quelques chiffres de la criminalité qui montrent des progressions significatives en termes de :

• délits économiques et financiers (+67 %),
• escroquerie et abus de confiance (+35 %),
• contrefaçons et fraudes industrielles et commerciales (+35 %).

Chez Bleckwen, nous constatons une augmentation constante des tentatives de fraudes.Le contexte économique qui est devant nous représente un large panel d’opportunité pour les fraudeurs, avec notamment les incitations gouvernementales sur la rénovation énergétique et le changement du parc de véhicule motorisé à de l’électrique.

De nombreuses solutions existent pour aider les institutions, l’état et les entreprise à lutter contre la fraude. Il faut avoir une approche holistique et considérer que la technologie et la connaissance sont au service de l’humain pour réussir à traiter le problème.

4. La collaboration, un levier majeur pour lutter à armes égales ?

On le sait, les fraudeurs n’hésitent pas à collaborer entre eux. Quand une faille est identifiée, une technique validée, c’est l’occasion pour eux de partager l’information et de faire de la fraude à grande échelle.

Pour que les banques et institutions financières luttent à armes égales, elles doivent collaborer.

Dans la discussion de notre table ronde, la collaboration a été identifiée comme un élément clé du succès dans la lutte contre la fraude. Les intervenants ont partagé leurs expériences de collaboration avec différentes parties prenantes, soulignant l'importance de créer un environnement propice à la confiance et à la coopération.

La collaboration est un sujet d’organisation traité en long en large et en travers. Il a l’air de prime à bord d’être un peu bateau, pourtant il est clé dans le succès quelque soit l’entreprise.

Collaborer pour performer
Nous empruntons à Yves Morieux cet exemple de collaboration qui à permis un grand succès au relais 4x100 féminin des championnats du monde 2003. Sur le papier les américaines sont sûr de gagner avec plus de 4 secondes d’avances, pourtant les françaises se surpassent et sont plus rapides collectivement. Les françaises ont travaillée sur le collectif avant l’individuel : Le coureur doit ralentir en fin de course pour transmettre son énergie à son coéquipier. Cette contribution peut affecter sa performance individuelle mesurable. Pour pouvoir jouer collectif et gagner il faut savoir créer un environnement qui incite à accorder sa confiance et à collaborer.

Chez Bleckwen, nous mettons la technologie et la connaissance au service de l'humain pour accompagner les directeurs des risques dans une lutte plus efficace contre la fraude.

Enfin, nous souhaitons permettre aux organismes de crédit et institutions financières de collaborer en lieu sûr et avec les bons outils.

Conclusion : Face à la complexité, des solutions concrètes

Le tableau que nous avons dépeint n’est pas nécessairement des plus positifs,la sensibilisation a ses limites, le modèle de société dans lequel nous vivons est complexe, changeant valorise l’individu et parfois l’exploit « malveillant », la fraude ne fait que croître, le transfert des activités criminels vers l’escroquerie et la cyber est avéré et la collaboration reste un sujet difficile avec beaucoup d’acteurs qui ont des interêts parfois divergents.

Heureusement, nous avons sur ce panel comme dans l’audience présente lors de l’évènement des humains et des organisations qui font partie de cette communauté qui a cette volonté commune d’adresser ce problème en adaptant continuellement leurs processus et outils pour contenir et étouffer ce phénomène grandissant qu’est la fraude

La table ronde s'est conclue par une session explorant des sujets tels que l'optimisme face à ce contexte difficile. Les intervenants ont été interrogés sur la possibilité de trouver des solutions malgré les défis persistants. En résumé, la table ronde a offert un aperçu approfondi des enjeux actuels dans la lutte contre la fraude financière, mettant en lumière la nécessité de sensibilisation, de réflexion sur la société et de collaboration accrue pour faire face à ces défis complexes.

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